28 avril : Journée Mondiale de la Sécurité et de la Santé au Travail

À l’occasion de la Journée Mondiale de la Sécurité et de la Santé au Travail, nous avons voulu nous pencher sur la question de la santé au travail dans les entreprises cotées en France. Quelles actions concrètes mènent-elles pour protéger la santé de leurs salariés tant sur le plan physique que psychologique? Et dans quelle mesure ces politiques influencent-elles le ressenti des employés ? À travers l’analyse des documents d’enregistrement universel (DEU) allant de 2022 à 2024 des sociétés cotées en bourse, cet article se propose d’analyser les champs couverts par ces politiques sociales en vue d’identifier les avancées mais aussi les limites et les défis actuels en matière de santé au travail.

Les entreprises cotées prennent  des engagements  en matière de santé au travail

Loin de n’être qu’une contrainte réglementaire, la santé au travail devient un terrain d’action privilégié pour repenser les conditions d’exercice du travail à l’heure où les attentes des salariés évoluent et où les organisations cherchent à renforcer leur résilience. Les politiques déployées par les entreprises cotées témoignent d’une approche plus transversale de ces enjeux. On y observe un élargissement des priorités autour de quatre piliers : la sécurité physique, la santé mentale, l’équilibre vie pro/vie perso et l’inclusion des personnes en situation de handicap.

À travers l’analyse des rapports publiés entre 2022 et 2024, certaines entreprises se démarquent par des actions ciblées qui incarnent cette évolution. L’infographie ci-dessous en présente trois illustrations concrètes, choisies pour leur portée symbolique et opérationnelle. Santé mentale, accompagnement psychosocial ou encore aménagements organisationnels : autant de leviers activés pour créer des environnements de travail plus soutenables — pour les salariés comme pour l’entreprise elle-même.

Si les politiques de santé au travail affichées par les entreprises témoignent d’un engagement croissant, leur accueil sur le terrain ne va pas toujours de soi. Pour en mesurer l’impact réel, il est essentiel de se pencher sur d’autres indicateurs qui prennent en compte le regard des employés

Le ressenti des salariés : une vision nuancée  des politiques de santé au travail

Pour évaluer le vécu des collaborateurs concernant la santé au travail, il existe une multitude d’indicateurs. Parmi les plus courants figurent les enquêtes internes, les taux d’absentéisme, les retours sur les programmes de bien-être ou encore le taux de turnover. Dans cette section, nous nous concentrerons sur l’importance des enquêtes internes et leur lien direct avec le turnover des salariés, pour mieux comprendre l’impact réel des politiques de santé sur le bien-être des équipes.

Danone a collecté des données précieuses sur l’engagement de ses employés à travers son Danone People Survey qui a recueilli 94 % de participation des salariés et un score d’engagement de 78/100 en 2024 ( Voir page 264 du DEU) . Ce score montre que les efforts de l’entreprise en matière de santé au travail et de bien-être des collaborateurs sont appréciés même si des zones de progrès subsistent. Ce type de feedback direct est donc très important pour ajuster les programmes en fonction des besoins réels des salariés .

Bien que la majorité des entreprises cotées aient mis en place des mesures de santé au travail efficaces, le ressenti des salariés peut fortement varier selon les secteurs et les types de postes occupés. En effet, les secteurs à forte pénibilité comme la grande distribution ou les centres d’appels rencontrent souvent des difficultés en termes de satisfaction des salariés.

L’entreprise Teleperformance, par exemple, affiche un taux de turnover élevé dans ses centres d’appels, avec près de 7 départs pour 10 embauches en 2023 ( page 122 du DEU). Malgré des initiatives comme le soutien psychologique et des efforts pour améliorer les conditions de travail, ces mesures peinent à compenser la nature exigeante du secteur. À titre de comparaison, des entreprises d’autres secteurs ont réussi à maintenir leur turnover sous les 5 % en 2023, un écart significatif qui souligne la disparité entre des environnements de travail perçus comme plus stables et ceux soumis à une forte pression.

Analyse sectorielle : des réponses adaptées  selon les risques et enjeux spécifiques

Les secteurs à risques physiques élevés, comme l’industrie et le BTP, accordent une priorité particulière à la sécurité physique des travailleurs. Les programmes de prévention des accidents et d’amélioration des conditions de travail y sont essentiels.

Vinci, par exemple, a mis en place un programme ambitieux de formation à la sécurité et d’utilisation d’équipements de protection individuelle pour ses ouvriers. Ces efforts ont permis de réduire le nombre d’accidents du travail, comme l’indique leur DEU 2023. L’accent est mis sur les risques physiques, notamment les accidents liés à la manipulation de machines et à la présence sur des chantiers à haut risque .

Dans les secteurs des services, tels que la finance, les conseils ou la tech, les risques psychosociaux sont au premier plan des préoccupations. Ces secteurs sont marqués par une charge mentale importante, souvent exacerbée par les horaires longs et les objectifs ambitieux. AXA et Publicis ont investi dans des programmes de prévention du burn-out et de soutien psychologique. 

Le secteur de la grande distribution présente des risques physiques spécifiques, notamment en matière de troubles musculosquelettiques (TMS) en raison des tâches répétitives et des longues heures de travail debout. Carrefour a mis en place un programme de formation aux gestes et postures, visant à prévenir les TMS et à améliorer les conditions de travail pour ses  employés. Ces efforts sont reflétés dans leur DEU 2023, où l’entreprise mentionne la mise en place de dispositifs ergonomiques et d’outils pour réduire les risques physiques au sein de ses magasins.

Certaines entreprises commencent à intégrer des indicateurs utiles pour suivre l’évolution de la santé au travail, qu’il s’agisse du taux d’absentéisme, du turnover ou encore du niveau d’engagement des collaborateurs. Ces données permettent de mettre en lumière des dynamiques positives notamment lorsqu’elles sont recueillies régulièrement et croisées avec les retours des salariés. Toutefois, bien que l’analyse des DEU mette en lumière une dynamique certaine en matière de dispositifs, l’évaluation reste quant à elle  encore partielle.

On observe en effet que les indicateurs permettant de suivre les effets réels des politiques mises en place restent rares. Sur les maladies professionnelles, par exemple, les entreprises peuvent annoncer des actions de prévention sans pour autant publier par la suite des données précises sur leur évolution. D’autant plus que certains enjeux comme le stress, pourtant régulièrement mentionnés, demeurent peu quantifiés. D’autres, comme le burn-out, sont évoqués mais rarement suivis de mesures chiffrées dans le temps.

Pour aller plus loin, il faut développer des outils de mesure réguliers et adaptés qui permettent de suivre l’évolution réelle des politiques de santé au travail. C’est à cette condition que les engagements pourront s’inscrire dans la durée et contribuer à une transformation durable des pratiques.

Sofia Guedra

ESG Analyst

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