Face au vieillissement de la population active et au recul de l’âge légal de départ à la retraite, le gouvernement français a lancé en 2025 un Plan Emploi Senior, visant à favoriser le maintien en poste des 55 ans et plus. Parmi les mesures envisagées : un projet de “CDI senior”, des incitations financières et un futur “index seniors” pour suivre les efforts des entreprises. Ces évolutions, renforcées par un accord interprofessionnel et une campagne nationale de sensibilisation, replacent l’inclusion des seniors au cœur des politiques RH et des critères ESG.
Avec seulement 56,9 % des 55-64 ans en emploi, la France reste en retrait par rapport à la moyenne européenne, malgré le potentiel évident en matière de transmission des savoirs et de stabilité organisationnelle. Ce retard pose à la fois un enjeu de performance économique et de responsabilité sociale. En réponse, plus de 300 entreprises ont signé la Charte 50+, lancée en 2022, s’engageant ainsi sur dix actions concrètes pour mieux intégrer les seniors.
L’heure est désormais à l’évaluation : quels engagements chiffrés, politiques internes et résultats tangibles dans les grandes entreprises cotées ?
Analyse des engagements chiffrés et des politiques
Face aux attentes croissantes en matière d’inclusion des seniors, plusieurs entreprises du CAC 40 et du SBF 120 se sont dotées de politiques dédiées et d’objectifs chiffrés pour favoriser l’emploi des 55 ans et plus. Ces engagements prennent la forme de recrutements, formations, transmission de savoirs et adaptation des conditions de travail.
Par exemple, chez Renault, un accord intergénérationnel prévoit un minimum de 14 % de salariés de plus de 55 ans et que 2 % des embauches en CDI soient réservées aux 50 ans et plus. Des dispositifs innovants de temps partiel de transmission et de formation assurée par les seniors complètent la stratégie. De son côté, Schneider Electric vise à offrir des opportunités d’évolution à 90 % de ses seniors d’ici fin 2025, avec déjà 85 % atteints en 2024 (soit 12 300 salariés concernés), via le programme “Senior Talent”.
Au-delà des chiffres, les politiques s’appuient sur des leviers concrets : tutorat intergénérationnel, horaires aménagés, réaffectation sur des postes de jour, ou dispositifs de reconversion. Voici la part des entreprises du CAC40 ayant adopté des initiatives clés pour l’emploi des seniors :
Il existe une palette d’actions variées pour soutenir l’emploi des seniors, désormais globalement adopté par les entreprises, ce qui reflète une prise de conscience du rôle stratégique des seniors dans la performance durable. Si l’accompagnement vers la retraite apparaît comme une priorité largement intégrée, d’autres mesures restent encore peu développées, signalant des marges de progression pour mieux répondre aux enjeux du vieillissement des effectifs.
Ces engagements se traduisent-ils dans les effectifs ?
D’après les données de la Charte 50+, les salariés de plus de 50 ans représentaient en moyenne 34 % des effectifs en 2024, soit une hausse de 2 points, tandis que la part des heures de formation suivies par les 50+ a gagné 3 points (29 %). En revanche, la mobilité interne (19 %) et les recrutements externes (13 %) des seniors stagnent, signe que les transformations restent partielles.
En résumé, le paysage des entreprises reste contrasté. Les industries matures déploient des mesures correctives face au vieillissement de leurs effectifs, tandis que les secteurs jeunes amorcent tout juste une prise de conscience. Avec l’élévation de l’âge de départ et l’évolution législative attendue en 2025, les entreprises sont désormais attendues au tournant sur leurs indicateurs sociaux dans les rapports à venir.
Sofia Guedra
Analyste ESG

