2025 a marqué le début de l’application progressive de la directive CSRD, devant rendre les reportings extra-financiers plus transparents, comparables et harmonisés. Concrètement, quels sont les premiers résultats visibles sur le champ social – notre domaine d’expertise – des premiers rapports de durabilité publiés à partir de janvier 2025 ?
Pour évaluer les premières retombées de la réglementation, nous avons comparé la disponibilité de 38 données quantitatives sociales sur l’exercice 2024 par rapport à l’exercice 2023. L’analyse porte sur les 100 premières entreprises de notre univers ayant déjà publié leur rapport – elles couvrent 75% des sociétés du CAC 40. Cette comparaison permettra de mettre en évidence les informations qui progressent, celles qui stagnent ou encore celles qui sont en déclin.
Résultats : On observe une petite tendance baissière : la disponibilité moyenne des 38 données du périmètre mondial passe de 66% à 63% et le recul est un peu plus marqué en France, où l’accès aux informations sociales passe de 23% à seulement 18%. Bien que ces baisses soient tout de même modérées et doivent être considérées prudemment au vu de l’échantillon limité, elles méritent d’être signalées dans un contexte où la directive CSRD laissait entrevoir une progression de la transparence des données ESG.
Si l’on regarde de plus près par catégorie de données :
Certaines catégories de données, pourtant essentielles pour évaluer les politiques RH et la qualité de l’emploi, sont particulièrement touchées : les informations sur le recrutement chutent de 27%, celles liées à l’absentéisme reculent de 25% et les données sur les licenciements, sous-informations des dynamiques de départs, enregistrent une baisse de 24%. De la même manière, les données relatives aux managers et aux parts de femmes managers diminuent respectivement de 16% et 15%.
Cependant, d’autres indicateurs montrent une progression encourageante : les données sur les écarts de rémunération entre les hommes et les femmes augmentent de 30%, traduisant une volonté accrue de rendre visibles les inégalités salariales et répondant à l’ESRS S1-16. Contrairement aux données concernant les managers, celles sur les managers seniors sont en hausse (+12%), tout comme celles sur la répartition par âge (+8% pour les jeunes et +5% pour les seniors) tous deux en ligne avec les exigences de l’ESRS S1-9. Le taux de turnover (+11%) concerné par l’ESRS S1-6 est aussi en augmentation de 11%.
Sur le périmètre France, nous constatons à peu près les mêmes résultats : l’écart salarial continue de se démarquer en transparence, tandis que les données liées à l’embauche sont à nouveau en déclin. Toutefois, d’autres données se distinguent : les effectifs France (+10%) grâce à l’obligation de fournir le nombre de salariés lorsque le pays représente plus de 10% de l’effectif total ou le taux d’emploi des PSH (-16%) en lien avec la possibilité, offerte par la CSRD, de publier ces taux dans la période d’un an suivant la publication du rapport de durabilité.
Si nous regardons les dynamiques de publication selon les catégories de capitalisations :
Au niveau mondial, les entreprises de taille moyenne affichent la plus forte baisse de transparence, tandis que les small caps résistent mieux. Globalement, les publications sociales sont en léger recul, y compris parmi les 40 plus grandes valeurs françaises, ce qui semble traduire une exigence moindre de la CSRD par rapport à la DPEF française. Le prix à payer pour réussir la transition vers des publications plus normées et comparables en Europe ?
En conclusion, il convient de rester vigilant sur le suivi des progrès en matière d’engagements ESG, surtout dans un climat international où l’abandon des politiques environnementales ou DEI devient politiquement correct.

